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L’église Saint-Julien de VAZERAC

Eglise Saint Julien
Eglise Saint Julien

Sanctus Julianus de Bazaraco en 1580

Pour un visiteur, cette église paraît disproportionnée en comparaison à l’ampleur du village. La date exacte pour la construction de l’église primitive (époque romane) reste inconnue. Par recoupements, le premier édifice se situe dans la période 1106/1134.

Le bâtiment présente des éléments du 12ème siècle remaniés au 13ème, ainsi que des modifications très importantes au 15ème et au 17ème.

De l’origine (12ème), il ne reste que l’élévation des deux grands murs latéraux ultérieurement percés pour construire les chapelles. Dans les archives disponibles, aucune trace des effets de la guerre contre les cathares menée par Simon de Montfort, alors que celui-ci a mis le siège et détruit la forteresse de Castelnau des Vaux (aujourd’hui Castelnau Montratier). Cette première église limitée à trois travées n’avait ni clocher, ni chapelle.  Ce sont les moines de l’ordre de Cluny qui décident de son implantation pour bénéficier de la « Via Podensis » très proche parcourue par les pèlerins du chemin de Saint Jacques de Compostelle. Pour mieux les attirer, dans le courant du 13ème siècle, l’église reçoit une nouvelle dédicace : Saint Julien l’Hospitalier.

Eglise Saint Julien
Eglise Saint Julien

 L’église appartient à l’Archiprêtré de Nevège, lui-même rattaché à l’évêché de Cahors, quittant ainsi la juridiction de Moissac (1264). Un hôspital est créé.

C’est la Guerre de Cent Ans qui provoque la création du village de Vazerac (Bazaraco en occitan). La population ressent le besoin de se regrouper, d’autant que le Quercy, suite au honteux traité de Brétigny, devient zone frontière entre le parti des anglais et celui des français. Après de nombreuses destructions et le feu à l’église, la voûte et l’abside s’écroulent, le bâtiment devient inutilisable. Pour faire face à une guerre de mouvement où les villages sont pris et repris, il est décidé la construction d’un clocher refuge de nature à protéger l’essentiel de la population (1430). Nous sommes donc là au début du 15ème siècle.

Vue de nuit de l'église Saint Julien
Vue de nuit de l'église Saint Julien

Ce clocher important par sa masse présente une curiosité architecturale. Il est décentré par rapport à l’axe de l’église, s’appuie sur une nouvelle travée construite à cet effet. Pour soutenir l’ensemble, deux gros contreforts sont établis. Pour soutenir la partie en appui sur le centre de la voûte, c’est un arc de décharge caché dans la maçonnerie qui assure l’effort et l’équilibre.

Pour des raisons liées à l’humidité, le sol a été rehaussé à une époque indéterminée. Dans l'église, sous les pieds des visiteurs, gisent les tombes de notables, ce depuis le début du 16ème siècle. Les prêtres sont enterrés sous le chœur.   De cette période dans le village peu de maisons ont résisté à la guerre, la plus ancienne, non loin de l’église semble dater de la fin de ce 16ème siècle.

Les destructions reconstruites, nous sommes déjà face au problème spécifique de notre région : les guerres de religion. C’est à nouveau la destruction, la façade avec son porche s’écroule sous les boulets des protestants. A nouveau, l’église est en flammes et la voûte tombe. Le clocher tient bon. Le cimetière est saccagé.

Clocher barlong de l'église Saint Julien
Clocher barlong de l'église Saint Julien

Au 17ème siècle, il faut à nouveau réparer, tout est reconstruit. C’est l’occasion de percer les murs latéraux du 12ème siècle pour bâtir des chapelles dont le dimensionnement est calé sur l’écart entre les contreforts. Ces renforts de murs sont plus nombreux sur le côté droit. Le terrain choisi étant autrefois marécageux du fait des inondations dues à la petite rivière La Lupte. C’est la noblesse environnante  et un notaire royal qui, en participant largement aux frais de construction, obtinrent le droit de sépulture dans une chapelle dédiée.

L’église fait partie d’une liste annexe des monuments historiques et à ce titre bénéficie d’une surveillance particulière qui a permis, entre autres, la reprise de la toiture ainsi que des murs dans leurs aspects extérieur et intérieur.

A noter plus particulièrement le bénitier dit « à godrons » du 17ème, un Christ de confrérie en bois doré du 18ème (souvent mis à l’abri).

Aujourd’hui, un certain renouveau sur le pèlerinage de Compostelle fait constater un nombre de passages en hausse, y compris des étrangers. Deux guides des 14ème et 15ème siècles, conservés par les Archives Nationales, mentionnent l’église de Vazerac comme étape.

Le visiteur doit savoir qu’il reste un mystère à découvrir. L’église étant construite sur une nappe d’eau selon des règles de l’art roman, il y a peut-être ou certainement une crypte dont l’accès serait perdu, surtout depuis la construction des chapelles latérales.

Vous qui visitez, pensez dans le silence à ce témoin de l’histoire régionale et locale qui, après beaucoup de vicissitudes, a traversé le temps jusqu’à nous.


Gilles Jarrier